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Les fantômes de Barrack Hill

Les travailleurs oeuvrant pour la construction de la voie ferrée du futur train léger d’Ottawa ont d’abord cru à une sombre histoire de meurtre, raconte Ben Mortimer, archéologue en chef au Groupe Paterson d’Ottawa. Des policiers spécialisés en enquêtes criminelles furent même dépêchés de Toronto sur les lieux.

Des ossements humains apparaissaient ici et là sur le chantier, au grand étonnement des ouvriers.

On savait à la Ville d’Ottawa qu’un cimetière avait déjà accueilli des corps dans les parages, il y a de cela près de deux siècles, mais on les croyait tous transférés dans d’autres lieux de sépulture ou disparus. Et que non! Dans le quadrilatère actuel bordé par les rues Sparks, Elgin, Queen et Metcalfe, site du Barrack Hill, le premier cimetière de Bytown, de 1828 à 1845, près de 3000 « éléments » ont été exhumés par des équipes d’archéologues : des fragments d’os, de cercueils, d’artéfacts laissés près des tombes…

Les recherches qui s’étendront sur quatre ans, de 2013 à 2017, permettront d’identifier 79 individus « incomplets », dont un adulte et quatre enfants intacts.

Signe des temps, presque la moitié des corps retrouvés sont des enfants et le plus vieil adulte exhumé n’avait que 45 ans. Les temps étaient durs à Ottawa : accidents de travail sur le chantier du canal Rideau, dynamitages qui tournent mal, épidémies de malaria, choléra, diphtérie, etc. Les grands-parents de nos grands-parents ont beaucoup souffert ici. Les mauvaises dentitions et les squelettes anémiques le prouvent.

Ben Mortimer avoue avoir été ému lorsqu’il tenait dans ses mains les dents de lait d’un enfant de 5 à 7 ans, de cette époque… « l’âge de mes enfants », confie-t-il.

Jadis donc, au cours de la première moitié du XIXe siècle, le cimetière de Barrack Hill accueillera surtout des familles pauvres d’origine européenne implantées au pays depuis une ou deux générations ; des travailleurs sans ressources qui peinaient sur le chantier du canal Rideau, mais aussi des citoyens au mille petits métiers.

Avec l’arrivée du formidable chantier du lieutenant-colonel John By, la population de Bytown doublera rapidement, passant de 1000 à 2000. Le cimetière d’un demi-acre grandira donc, lui aussi, pour atteindre deux acres. Éventuellement, on transférera une partie de ses occupants dans un nouveau cimetière dans la Côte-de-Sable. Mais les corps non réclamés seront laissés derrière…

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