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Valérie Plante passe à l’histoire à Montréal

Un vent de changement a soufflé sur Montréal. Valérie Plante, qui était inconnue du public il y a tout juste deux mois, est devenue la première mairesse de l’histoire de la métropole.

La femme de 43 ans a remporté dimanche une victoire convaincante contre le maire sortant, Denis Coderre, qui a annoncé dimanche soir son retrait de la vie politique municipale — après un seul mandat. La campagne énergique, tout en sourires, de Valérie Plante, a eu raison de ce qui était perçu comme l’arrogance de Denis Coderre, politicien de carrière depuis 1997.

« 375 ans après Jeanne Mance, Montréal a enfin sa première mairesse, a lancé en fin de soirée Valérie Plante à ses partisans euphoriques réunis au Théâtre Corona. Nous avons mené une campagne historique. »

« Pendant trop longtemps, les décideurs ne vous ont pas écoutés, a-t-elle dit dans son discours de victoire. Ils n’ont pas compris ce que vous vouliez. Trop de gens vous ont tenus pour acquis. Et soudainement, on se rend compte que vous avez votre mot à dire. »

Mme Plante a relevé que « plusieurs doutaient de notre capacité à nous imposer. Mais nous avons fait valoir nos idées et notre vision ». Elle a promis un « changement de ton » à l’Hôtel de Ville, avant de tendre la main à différents partenaires : les gouvernements de Québec et d’Ottawa, la communauté anglophone ou le milieu des affaires.

Au moment d’écrire ces lignes, le parti de Valérie Plante, Projet Montréal, se dirigeait vers la majorité au conseil municipal, avec 35 des 65 sièges à l’Hôtel de Ville. La formation a fait des gains hors de sa base traditionnelle, établie dans les quartiers centraux, en arrachant des arrondissements qui étaient acquis à l’Équipe Coderre ou à des indépendants — notamment Lachine, Ahuntsic-Cartierville, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et Outremont.

D’autres membres importants de l’Équipe Coderre ont mordu la poussière. Les maires d’arrondissement Réal Ménard (Mercier–Hochelaga-Maisonneuve) et Anie Samson (Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension) ont perdu contre leurs adversaires de Projet Montréal.

Fiefs conservés

Sans surprise, le parti de Valérie Plante a conservé ses fiefs du Plateau-Mont-Royal (Luc Ferrandez), de Rosemont–La Petite-Patrie (François Croteau) et du Sud-Ouest (Benoit Dorais, qui sera président du comité exécutif).

Au moment d’écrire ces lignes, Valérie Plante détenait une avance de plus de 26 000 voix contre le maire sortant. La chef de Projet Montréal avait 51,3 % des voix, comparativement à 46,7 % pour Denis Coderre. Tard dimanche soir, le taux de participation au scrutin à Montréal était de 40 %, a indiqué Élection Montréal.

Victoire historique

La nouvelle mairesse a remporté l’élection en promettant de combattre la congestion routière, notamment par la construction d’une ligne rose de métro entre Montréal-Nord et le centre-ville au coût de 5,9 milliards de dollars. L’aménagement d’un réseau express de pistes cyclables fait aussi partie des priorités de Valérie Plante et de son équipe.

L’annonce de la victoire de Valérie Plante, vers 21 h 15, a pratiquement fait exploser le plafond du Théâtre Corona, où avait lieu la soirée électorale de Projet Montréal. Des cris de joie, des accolades, des applaudissements, quelques larmes joyeuses aussi : une véritable euphorie parmi les centaines de partisans rassemblés.

« Je suis tellement fier qu’on ait une mairesse pour Montréal ! » a lancé aux militants le nouveau maire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Pierre Lessard-Blais. « Ce soir, nous avons fait l’histoire », a ajouté Benoit Dorais, réélu maire du Sud-Ouest.

Lui aussi réélu dans Le Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez s’est fendu d’un gros « Ataboy ! » en montant sur la scène du Corona. « Avec Valérie Plante, c’est tout le Québec qui va se laisser influencer, qui va voir que c’est possible, dans toutes les villes et tous les villages du Québec, d’avoir des femmes qui gouvernent », a-t-il dit.

Au-delà de ce changement historique, Luc Ferrandez saluait une victoire « devant quelqu’un qui prétendait avoir le milieu des affaires de son bord, qui prétendait être LA voix de Montréal, “je sais que Montréal veut ça ou ça”… Aujourd’hui, ce n’est pas juste lui qui prend sa leçon, c’est tous les hommes politiques qui pensent comme lui à travers le Québec ».

Selon M. Ferrandez, « Valérie Plante est tellement plus que des sourires : elle va être à la hauteur des ambitions de Montréal ». Il a lancé quelques pointes aux « commentateurs et aux experts » qui avaient prédit une victoire de Denis Coderre.

La victoire de Valérie Plante est celle d’un nouveau visage, elle qui était presque inconnue il y a tout juste deux mois, a souligné le titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing de l’UQAM, Bernard Motulsky, en entrevue au Devoir. « Je pense que tout le monde est surpris. On avait vu des signes, mais on n’y croyait pas vraiment. Il s’agit d’une inconnue qui remplace un maire archiconnu après un seul mandat », a-t-il réagi.

M. Motulsky attribue cette victoire à ce qu’il appelle « l’effet Macron ». « C’est ce qu’on a vu en France : un jeune politicien pratiquement sans expérience qui a réussi à bousculer le résultat. On voit une nouvelle génération mettre au pouvoir de nouvelles personnes, qui veulent faire table rase des politiciens traditionnels », analyse-t-il. Le peu d’expérience de Mme Plante l’aurait avantagée par rapport à son adversaire, un vieux routier en politique.

« C’est clair que Valérie Plante a fait une campagne sans faute », poursuit Bernard Motulsky. Elle a réussi à se faire connaître, ce qui était son premier défi. Ensuite, elle avait l’avantage de ne pas avoir de bilan et de gestes à défendre, contrairement au maire sortant. « De son côté, il y a eu des erreurs tactiques, notamment sur toute la question de la Formule E, qui a empoisonné sa campagne », observe-t-il. Par ailleurs, il souligne la présence très énergique sur les réseaux sociaux de Projet Montréal tout au long de la campagne électorale.

Enfin, le fait que Mme Plante soit la première femme à la tête de Montréal a joué en sa faveur, estime M. Motulsky, même s’il soutient que l’enjeu générationnel a pris le dessus. La personnalité de l’élue a également influencé le vote, à son avis. « M. Coderre repousse autant qu’il attire. Il a une personnalité forte, présente ; des gens aiment ça, d’autres ne supportent pas ça. »

Stupeur chez Coderre

Le coeur n’était pas à la fête à l’Olympia, lieu de rassemblement d’Équipe Denis Coderre. La stupeur se lisait sur les visages lorsque la victoire de Valérie Plante a été annoncée. Les candidats qui se sont présentés à l’Olympia expliquaient mal le désaveu des Montréalais à l’égard de leur parti. Le parti de Valérie Plante a remporté la mairie de 10 des 18 arrondissements (plus celle de Ville-Marie, qui va à la mairesse), l’Équipe Coderre a conservé six mairies d’arrondissement et deux maires indépendants sont restés en poste — Luis Miranda à Anjou et Manon Barbe à LaSalle.

« Nous ne renions rien de notre bilan. La population a parlé. Il faut être bon joueur. Je respecte le verdict démocratique », a indiqué Réal Ménard, qui a subi la défaite à la mairie de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve contre le candidat de Projet Montréal, Pierre Lessard-Blais.

 

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